Dr Marie-Pierre Wissler, présidente du Conseil national des pathologistes (CNPath), anatomo-cyto-pathologiste
Pourquoi le CNPath a‑t-il rédigé une proposition de loi ?
Les évolutions majeures, qui secouent notamment l’organisation des soins, bouleversent de nombreuses spécialités médicales, dont l’anatomie et cytologie pathologiques (ACP). L’ACP est au carrefour de la clinique, de l’imagerie et de la biologie, du soin et de la recherche. Elle tient une place particulière dans le parcours patient car elle est au cœur du développement de thérapies ciblées et de la médecine personnalisée.
En 2012, dans le Rapport ACP, le ministère de la Santé soulignait la nécessité de « prévoir un cadre juridique adapté à l’ACP et dissocié de la biologie, en spécifiant strictement les contours de la spécialité ». 15 ans plus tard, il est essentiel de concrétiser cette préconisation, pour que la spécialité conserve son rôle au profit des patients et d’une organisation efficiente du dépistage, du diagnostic et du soin. C’est l’objet de cette proposition de loi rédigée par le Conseil national des pathologistes (CNPath).
Cette proposition de loi vise à inscrire la profession dans le Code de la santé publique et à définir les actes ainsi que leur structure : propriété intellectuelle, responsabilité, conditions d’exercice, archivage, qualité et sécurité de l’activité, modalités de facturation, rémunérations et télépathologie.
Par ailleurs, la proposition de loi alerte sur la financiarisation de l’activité, même si ce dernier point n’est pas spécifique à la spécialité. Le CNPath défend la reconnaissance du secteur libéral afin de l’insérer dans les réseaux de concertation et d’expertise.
La proposition de loi déposée devrait être accompagnée par Annie Vidal, députée de Seine-Maritime, vice-présidente de la Commission des affaires sociales. Elle a également été présentée à Thibault Bazin, député de Meurthe-et-Moselle et rapporteur général du budget de la Sécurité sociale depuis le 22 janvier 2025, ainsi que Yannick Neuder, ancien ministre de la Santé et cardiologue de formation.
Quelles sont les difficultés rencontrées dans l’exercice de votre spécialité ?
La spécialité se transforme avec la numérisation des lames, nécessitant un financement qui est aujourd’hui inexistant dans le secteur libéral. La reconnaissance de l’ACP est indispensable, à travers cette loi, pour faire connaître les enjeux technologiques assurant le maillage du territoire.
Actuellement, nous avons besoin de la création de nouveaux actes : des actes de génétique somatique pour la pratique de la cancérologie avec l’avènement de la médecine personnalisée, des actes de type PCR pour les pathologies inflammatoires ou infectieuses et demain des actes d’IA permettant une plus-value organisationnelle et scientifique. Un processus d’inscription à la nomenclature qui nécessite entre deux et trois ans.
Que dire de la financiarisation de l’activité ?
Nos cabinets médicaux emploient aujourd’hui un grand nombre de salariés sur de lourds plateaux techniques devant répondre à des exigences normatives et nécessitant des outils diagnostiques de plus en plus pointus, et faisant face à une augmentation marquée de leur charge de travail.
Cette transformation permet aux médecins pathologistes de rester indépendants, pour assurer un maillage du territoire, garder la maîtrise de leur investissement, et être en mesure d’accomplir la mission de soin qui leur est confiée de manière pérenne et raisonnée, en partenariat avec l’Assurance maladie.
Fonder des réformes tarifaires sur une analyse erronée des réalités économiques et médicales de la spécialité (concentration des structures avec de facto une progression du chiffre d’affaires du secteur et hausse continue et significative des charges), c’est faire le choix de fragiliser une spécialité pourtant au cœur des ambitions longtemps portées par les autorités en matière de lutte contre les cancers ; c’est faire le choix de pénaliser durablement des professionnels, et plus particulièrement ceux exerçant dans des structures médicales indépendantes, à l’heure où l’on prend enfin conscience des effets délétères de la financiarisation. Le 30 septembre, dans un communiqué de presse, nous alertions avec le Syndicat des médecins pathologistes français (SMPF) le Gouvernement sur ce point (lien vers le communiqué de presse)
ACP en chiffres
Chaque année, en France, les anatomo-cyto-pathologistes (ACP) réalisent 95 % des diagnostics des cancers. Ils réalisent 10 millions d’actes. Les 1 730 ACP sont répartis dans 150 structures. Parmi eux, 734 exercent en libéral et réalisent plus des deux tiers de l’activité, dont une partie de sous-traitance de l’activité du secteur public.
Retrouvez également le témoignage de Marie-Pierre Wissler dans le Dialogue Santé 50 de la FHP MCO paru en octobre 2024.
