Rendre une partie de la vision à des personnes aveugles grâce à un dispositif électronique n’appartient plus seulement à la science-fiction. Plusieurs technologies ont déjà été testées chez l’être humain et, depuis juillet 2026, un implant rétinien destiné à certains patients atteints de DMLA a obtenu le marquage CE en Europe. D’autres dispositifs, implantés directement au niveau du cerveau, restent en revanche expérimentaux. Comment fonctionne un implant oculaire bionique ? Où en est la recherche ? Explications.
Qu’est-ce qu’un implant oculaire bionique ?
L’expression « œil bionique » désigne différents types de prothèses visuelles qui cherchent à restaurer une partie de la fonction visuelle en stimulant les structures du système visuel encore fonctionnelles. Dans le cas d’un implant rétinien, l’objectif est notamment de compenser la disparition ou le dysfonctionnement des photorécepteurs, les cellules de la rétine sensibles à la lumière, en utilisant les cellules nerveuses restantes pour transmettre une information visuelle jusqu’au cerveau.
Le fonctionnement dépend du dispositif. Certains implants rétiniens fonctionnent avec un équipement externe, notamment des lunettes équipées d’une caméra. Les images captées sont traitées puis transformées en signaux capables d’activer l’implant. Celui-ci stimule alors les cellules nerveuses encore fonctionnelles de la rétine afin qu’une information puisse être transmise au cerveau.
Il existe également une autre voie de recherche qui consiste à contourner l’œil pour stimuler directement le cortex visuel du cerveau. Il s’agit alors d’une prothèse visuelle cérébrale. Cette approche pourrait notamment présenter un intérêt lorsque la rétine ne peut plus être utilisée pour transmettre une information visuelle. Elle reste cependant expérimentale : le projet Gennaris de l’université Monash, par exemple, n’a pas encore débuté son premier essai chez l’être humain. L’équipe indique être à la recherche des financements nécessaires à sa réalisation.
Comment permet-elle d’éviter les grandes cicatrices ?
Le principe de la chirurgie mini-invasive consiste à accéder à la zone à traiter sans faire de grandes ouvertures. Le chirurgien réalise plusieurs petites incisions de quelques millimètres à un centimètre environ. Celles-ci servent uniquement à introduire la caméra et les instruments chirurgicaux.
L’image vidéo agrandie offre une vision détaillée du champ opératoire, permettant au chirurgien de guider précisément ses gestes. Certaines interventions peuvent également être réalisées par les voies naturelles, comme la bouche, le nez, l’urètre ou le vagin, ce qui évite toute cicatrice visible sur la peau.
En limitant les traumatismes, cette technique permet ainsi de réduire la taille des cicatrices, mais aussi les douleurs post-opératoires et la durée d’hospitalisation.
Que permet réellement de voir un implant oculaire bionique ?
Les implants visuels actuels ne recréent pas la vision naturelle d’un œil sain. Ils produisent une information visuelle artificielle dont la qualité dépend du dispositif utilisé, de la maladie à l’origine de la perte de vision et des structures visuelles encore fonctionnelles.
Selon les dispositifs étudiés, ils peuvent notamment permettre d’améliorer certaines capacités visuelles, comme la perception de formes, la localisation d’objets ou, avec les technologies les plus avancées, la reconnaissance de lettres et de mots. Ces performances restent cependant très variables d’un dispositif et d’un patient à l’autre.
Les données disponibles restent par ailleurs limitées à des indications précises et à des nombres encore restreints de patients. Elles ne signifient donc pas qu’un implant permet aujourd’hui de restaurer une vision normale ou qu’il peut être proposé à toutes les personnes aveugles ou malvoyantes.
PRIMA : l’avancée la plus concrète à ce jour
La principale avancée récente concerne le système PRIMA, conçu par Daniel Palanker à Stanford. Il court-circuite les cellules photoréceptrices mortes en transformant, au niveau de la rétine résiduelle, la lumière en signaux électriques communiqués au cerveau. Il se compose d’un implant sous-rétinien et d’une paire de lunettes à réalité augmentée. Concrètement, les lunettes sont équipées d’une caméra miniature qui capte les images environnantes et transmet le flux vidéo à un ordinateur de poche. Un algorithme améliore les images ; il peut les grossir jusqu’à douze fois, augmenter le contraste et la luminosité, puis ce flux vidéo est converti en faisceaux de rayons infrarouges, projetés en temps réel sur un implant préalablement greffé sous la rétine. Ce dernier est destiné à remplacer les cellules photoréceptrices mortes ; il capte le signal infrarouge et excite les cellules nerveuses voisines pour envoyer un message au cerveau. Cet implant se présente sous forme d’une micro-puce photovoltaïque de 2 mm x 2 mm et de 30 microns d’épaisseur, comprenant 378 électrodes. Il fonctionne sans fil : c’est l’énergie apportée par le faisceau infrarouge qui active les électrodes individuellement.
Dans l’essai clinique publié dans le New England Journal of Medicine, 38 patients ont reçu l’implant. Parmi les 32 participants évalués à douze mois, 26, soit 81 %, ont présenté une amélioration cliniquement significative de leur acuité visuelle. La vision périphérique naturelle était, en moyenne, préservée. À un an, 84,4 % des participants évalués déclaraient par ailleurs pouvoir lire chez eux des lettres, des chiffres ou des mots avec le dispositif.
Ces résultats sont encourageants mais doivent être interprétés dans le contexte d’une étude menée sur un petit nombre de patients atteints d’une forme précise de DMLA. L’implant ne permet pas de restituer une vision identique à celle d’un œil sain.
En 2026, PRIMA a également obtenu le marquage CE, ouvrant la voie à sa commercialisation en Europe pour des patients répondant à son indication. Cette étape marque le passage d’une technologie jusque-là évaluée dans le cadre d’essais cliniques vers une utilisation commerciale.
Peut-on aujourd’hui vraiment « rendre la vue » ?
Bien que révolutionnaire, l’implant bionique ne remplace pas un œil sain. Il peut en revanche recréer chez certains patients une information visuelle suffisamment précise pour améliorer leur acuité et, avec les dispositifs les plus avancés, permettre de reconnaître certains caractères.
Les recherches se poursuivent pour améliorer la qualité de la vision obtenue, augmenter la précision des informations visuelles transmises et développer d’autres solutions lorsque la rétine ne peut plus être utilisée, notamment grâce aux prothèses corticales. L’œil bionique existe donc bien, mais il reste pour l’instant une technologie très ciblée, loin encore de pouvoir rendre une vision normale à toutes les personnes aveugles ou malvoyantes.
Céline KERUZORE
Sources :
https://www.monash.edu/bioniceye
https://www.institut-vision.org/actualites/limplant-prima-une-reussite-translationnelle
