Dominique BOULANGÉ, présidente du CMC Ambroise Paré-Hartmann, Neuilly-sur-Seine

Votre établissement est implanté dans un territoire densément peuplé, où l’offre hospitalière est particulièrement importante. Comment parvenez-vous à vous distinguer et à rayonner dans cet environnement ?

Pour occu­per pleine­ment sa place sur un ter­ri­toire, un étab­lisse­ment de san­té doit attein­dre une taille cri­tique. C’est pourquoi nous avons réor­gan­isé notre activ­ité autour de deux sites, dont l’un a été inau­guré en 2022, afin de pro­pos­er une offre de soins de grande qual­ité, à la hau­teur des attentes de nos patients. Nous dis­posons de 561 lits et places, de 54 salles d’opération, de 4 IRM, de 5 scan­ners et tra­vail­lons avec 400 médecins. Par son ampleur et la diver­sité de ses activ­ités, notre étab­lisse­ment peut être com­paré à un petit CHU. Il s’appuie sur des médecins de très haut niveau et sur des équipes paramédi­cales remar­quables, pleine­ment engagées au ser­vice des patients.

Il y a plus de dix ans, nous avons égale­ment créé un cen­tre de recherche clin­ique, car la recherche con­stitue pour nous un levi­er essen­tiel d’amélioration de la qual­ité des pris­es en charge. Plus de vingt attachés de recherche clin­ique (ARC) tra­vail­lent aujourd’hui au sein de l’établissement. Nous con­duisons des pro­jets majeurs en can­cérolo­gie, domaine dans lequel nous sommes un cen­tre de recours pour l’ensemble des patholo­gies oncologiques, mais aus­si en car­di­olo­gie, en patholo­gies diges­tives et en gyné­colo­gie. Notre ambi­tion est de ren­forcer pro­gres­sive­ment la dimen­sion uni­ver­si­taire de nos activ­ités, afin d’être pleine­ment recon­nus comme un acteur de référence dans le domaine de la recherche.

Nous avons aus­si pour pri­or­ité d’apporter, à chaque étape du par­cours, une réponse de qual­ité aux besoins de la pop­u­la­tion. Cela sup­pose de dis­pos­er de plateaux tech­niques per­for­mants et de veiller con­stam­ment à la per­ti­nence des pris­es en charge. Nos quelque 80 lits de soins cri­tiques nous per­me­t­tent d’accueillir des patients dont l’état néces­site des soins lourds et qui ne peu­vent être pris en charge en ambu­la­toire ou au cours d’un séjour très court. Lorsque la sit­u­a­tion médi­cale le per­met, l’ambulatoire demeure néan­moins le par­cours priv­ilégié.

Quelles sont vos principales inquiétudes en cette rentrée 2026 ?

Nous entrons dans une péri­ode d’immobilisme préélec­toral qui sus­cite une réelle inquié­tude chez les acteurs de la san­té. Tous atten­dent des déci­sions essen­tielles con­cer­nant l’organisation et le finance­ment de notre sys­tème de san­té. Or, au cours des prochains mois, les évo­lu­tions risquent d’être très lim­itées. Dans un secteur con­fron­té à des défis aus­si urgents, ce temps per­du est par­ti­c­ulière­ment préoc­cu­pant.

La sit­u­a­tion finan­cière des hôpi­taux est, par ailleurs, par­ti­c­ulière­ment dif­fi­cile. Nous devons veiller à ce que ces con­traintes ne freinent pas l’accès aux nou­velles tech­nolo­gies, indis­pens­ables à l’amélioration des soins. Dans le même temps, les posi­tions idéologiques se rigid­i­fient : les débats por­tent trop sou­vent sur le statut des acteurs plutôt que sur les besoins réels des patients. Cette logique nous empêche de tra­vailler et de réfléchir col­lec­tive­ment, et ce sont, en défini­tive, les patients qui en subis­sent les con­séquences.

Ma prin­ci­pale préoc­cu­pa­tion con­cerne toute­fois les per­son­nels paramédi­caux. Nous faisons face à une pénurie sévère d’infirmiers, de manip­u­la­teurs en élec­tro­ra­di­olo­gie médi­cale et, plus large­ment, de pro­fes­sion­nels en nom­bre suff­isant pour garan­tir une prise en charge de qual­ité. Par­al­lèle­ment, le rap­port au tra­vail et les attentes pro­fes­sion­nelles ont pro­fondé­ment évolué. Après avoir con­sacré 50 ans à défendre la qual­ité des soins, je m’interroge par­fois : lorsque j’aurai moi-même besoin d’être soignée, pour­rai-je béné­fici­er du niveau de prise en charge que j’ai tou­jours voulu assur­er aux patients ?

 

Quels sont, à l’inverse, les motifs de satisfaction ?

Les pro­grès de la recherche con­stituent un for­mi­da­ble motif d’espoir. Aujourd’hui, les patients sont mieux soignés, plus rapi­de­ment, et leurs hos­pi­tal­i­sa­tions sont moins fréquentes ou plus cour­tes. Cer­taines mal­adies autre­fois incur­ables peu­vent désor­mais être guéries. L’espérance de vie s’est con­sid­érable­ment allongée, y com­pris pour les per­son­nes atteintes d’une mal­adie.

Le développe­ment de la préven­tion, dans laque­lle nous sommes très engagés, per­met égale­ment de détecter les mal­adies plus pré­co­ce­ment et, par con­séquent, de les traiter plus effi­cace­ment. Nous organ­isons ain­si des journées portes ouvertes, dans nos étab­lisse­ments mais aus­si en cen­tre-ville, au sein de locaux munic­i­paux, afin d’informer et de sen­si­bilis­er le pub­lic : journée du rein, journée de l’insuffisance car­diaque, journée con­sacrée aux can­cers gyné­cologiques…

Nous pro­posons lors de ces événe­ments des ate­liers pour aider cha­cun à mieux com­pren­dre les mal­adies, leur dépistage et, surtout, les gestes qui per­me­t­tent d’en prévenir ou d’en lim­iter le développe­ment : ali­men­ta­tion équili­brée, hygiène de vie et bonnes pra­tiques au quo­ti­di­en.

L’Hôpital Privé Ambroise Paré Hart­mann porte égale­ment une pro­gram­ma­tion sci­en­tifique et cul­turelle soutenue, avec un à deux ren­dez-vous chaque mois. Con­grès con­sacrés à dif­férentes spé­cial­ités, sym­po­siums thé­ma­tiques — cette année, notam­ment, autour de la PMA, de la voix, de l’ORL ou d’Octobre Rose — et ren­con­tres avec des experts et des équipes de l’établissement ryth­ment ain­si notre année.

Cette pro­gram­ma­tion s’adresse aus­si au grand pub­lic et aux lycéens, tout en accor­dant une place impor­tante à la cul­ture. Nous avons récem­ment mené auprès de lycéens une action de sen­si­bil­i­sa­tion aux per­tur­ba­teurs endocriniens. En fin d’année, nous aurons égale­ment le plaisir d’accueillir des musi­ciens de l’Opéra de Paris pour un con­cert aux accents jazz. Autant de ren­dez-vous qui con­tribuent à enrichir le quo­ti­di­en de nos équipes et de nos patients.