Pen­dant très longtemps, une inter­ven­tion chirur­gi­cale impli­quait presque sys­té­ma­tique­ment plusieurs jours d’hos­pi­tal­i­sa­tion. Ce séjour per­me­t­tait de sur­veiller le patient, de prévenir d’éventuelles com­pli­ca­tions et d’ac­com­pa­g­n­er la récupéra­tion après l’opéra­tion. Mais grâce aux pro­grès de la chirurgie, de l’anesthésie et de l’or­gan­i­sa­tion des soins, il est pos­si­ble de per­me­t­tre à de nom­breux patients de ren­tr­er chez eux le jour même. Zoom sur la chirurgie ambu­la­toire qui dis­pose d’une assise régle­men­taire depuis 1992.

La chirurgie ambu­la­toire : une autre façon de penser la chirurgie

De nom­breuses inter­ven­tions peu­vent être réal­isées en chirurgie ambu­la­toire, c’est-à-dire avec un retour à domi­cile le jour même. Bien plus qu’un sim­ple rac­cour­cisse­ment du séjour hos­pi­tal­ier, ce mode de prise en charge repose sur une véri­ta­ble réor­gan­i­sa­tion du par­cours de soins, dans laque­lle la pré­pa­ra­tion du patient, la coor­di­na­tion des équipes et le suivi après l’in­ter­ven­tion jouent un rôle essen­tiel.

En quoi con­siste la chirurgie ambu­la­toire ? 

Le patient est accueil­li, opéré, sur­veil­lé en salle de sur­veil­lance post-inter­ven­tion­nelle (SSPI ou encore appelé salle de réveil) puis autorisé à regag­n­er son domi­cile le jour même, dès lors que son état de san­té le per­met. Le séjour hos­pi­tal­ier est volon­taire­ment réduit au temps stricte­ment néces­saire, tan­dis que la pré­pa­ra­tion préopéra­toire et le suivi après la sor­tie sont ren­for­cés. Cette organ­i­sa­tion mobilise une équipe pluridis­ci­plinaire com­posée notam­ment du chirurgien, de l’anesthé­siste, des infir­miers, des secré­taires médi­cales, du médecin trai­tant et, si néces­saire, des pro­fes­sion­nels de san­té inter­venant à domi­cile. Le patient est alors un acteur cen­tral de sa prise en charge.

Les inno­va­tions qui ren­dent cette évo­lu­tion pos­si­ble

Le développe­ment de la chirurgie ambu­la­toire repose sur plusieurs avancées com­plé­men­taires :

  • La con­sul­ta­tion préopéra­toire per­met d’é­val­uer pré­cisé­ment l’é­tat de san­té du patient, ses traite­ments habituels, ses fac­teurs de risque et les con­di­tions de son retour à domi­cile. Les infor­ma­tions néces­saires lui sont remis­es en amont afin qu’il sache pré­cisé­ment com­ment se pré­par­er à l’in­ter­ven­tion, quels médica­ments pren­dre ou inter­rompre, quelles con­signes respecter après l’opéra­tion et quels signes doivent con­duire à con­sul­ter rapi­de­ment. Cette antic­i­pa­tion lim­ite les imprévus et par­ticipe directe­ment à la sécu­rité de la prise en charge.
  • Les tech­niques chirur­gi­cales sont dev­enues moins inva­sives grâce notam­ment à la chirurgie mini-inva­sive, notam­ment depuis de nom­breuses années par cœlio­scopie, arthro­scopie ou chirurgie assistée par vidéo dans de nom­breuses spé­cial­ités. En lim­i­tant les trau­ma­tismes des tis­sus, ces tech­niques réduisent la douleur postopéra­toire, les saigne­ments et le risque de com­pli­ca­tions, tout en favorisant une récupéra­tion plus rapi­de.
  • Les pro­duits anesthésiques util­isés per­me­t­tent un réveil plus rapi­de, une meilleure maîtrise de la douleur et une diminu­tion des effets sec­ondaires comme les nausées ou les vom­isse­ments. L’amélio­ra­tion des pro­to­coles antalgiques par­ticipe égale­ment à ren­dre le retour à domi­cile plus con­fort­able et plus sécurisé pour les patients.
  • Après l’opéra­tion, plusieurs critères doivent être rem­plis avant d’au­toris­er la sor­tie : une douleur cor­recte­ment con­trôlée, un état de vig­i­lance sat­is­faisant, l’ab­sence de com­pli­ca­tion immé­di­ate, ain­si qu’une autonomie suff­isante pour ren­tr­er au domi­cile dans de bonnes con­di­tions, notam­ment en n’étant pas seul à son domi­cile. Le patient repart avec ses ordon­nances, des recom­man­da­tions écrites et les coor­don­nées des pro­fes­sion­nels à con­tac­ter en cas de dif­fi­culté.

Le développe­ment de la chirurgie ambu­la­toire est étroite­ment lié aux pro­grammes de Récupéra­tion Améliorée Après Chirurgie (RAAC)

Cette approche, désor­mais large­ment inté­grée dans de nom­breux étab­lisse­ments, regroupe un ensem­ble de mesures des­tinées à favoris­er un rétab­lisse­ment plus rapi­de, tout en lim­i­tant les com­pli­ca­tions postopéra­toires.

La RAAC con­siste à :

  • Informer le patient avant son inter­ven­tion chirur­gi­cale ;
  • Anticiper l’organisation des soins et la sor­tie du patient ;
  • Réduire les con­séquences du stress chirur­gi­cal ;
  • Con­trôler la douleur dans toutes les sit­u­a­tions ;
  • Favoris­er et stim­uler l’autonomie des patients.

Il ne s’ag­it plus unique­ment de réus­sir l’acte opéra­toire, mais d’op­ti­miser l’ensem­ble du par­cours de soins afin de per­me­t­tre au patient de retrou­ver plus rapi­de­ment son autonomie.

Des béné­fices qui dépassent la seule durée d’hos­pi­tal­i­sa­tion

Les béné­fices de la chirurgie ambu­la­toire ne se lim­i­tent pas à un retour plus rapi­de au domi­cile. Pour de nom­breux patients, retrou­ver rapi­de­ment leur envi­ron­nement famil­ial con­tribue à dimin­uer le stress lié à l’hos­pi­tal­i­sa­tion et favorise une récupéra­tion psy­chologique plus sere­ine. Le main­tien des repères habituels facilite égale­ment la reprise pro­gres­sive des activ­ités quo­ti­di­ennes.

Sur le plan médi­cal, les hos­pi­tal­i­sa­tions plus cour­tes réduisent égale­ment l’ex­po­si­tion à cer­tains risques asso­ciés aux séjours pro­longés, notam­ment les infec­tions noso­co­mi­ales liées aux soins ou la perte de repères ou d’au­tonomie chez les per­son­nes les plus frag­iles ou âgées.

Les étab­lisse­ments de san­té y trou­vent égale­ment un intérêt organ­i­sa­tion­nel. En opti­misant l’u­til­i­sa­tion des lits d’hos­pi­tal­i­sa­tion, ils peu­vent accueil­lir davan­tage de patients néces­si­tant des pris­es en charge plus com­plex­es tout en amélio­rant la flu­id­ité des par­cours. Cette évo­lu­tion répond ain­si à la fois à des objec­tifs de qual­ité des soins et d’ef­fi­cience du sys­tème de san­té.

Les per­spec­tives : vers une chirurgie tou­jours plus con­nec­tée

La chirurgie ambu­la­toire con­tin­ue d’évoluer grâce aux pro­grès tech­nologiques et organ­i­sa­tion­nels. Les out­ils numériques occu­pent une place crois­sante dans le suivi des patients après leur sor­tie.

Par­al­lèle­ment, les tech­niques chirur­gi­cales pour­suiv­ent leur évo­lu­tion vers des gestes tou­jours moins invasifs, asso­ciés à des anesthésies mieux ciblées et à des pro­to­coles antalgiques plus per­for­mants. Ces inno­va­tions pour­raient per­me­t­tre, dans les prochaines années, d’élargir encore les indi­ca­tions de la chirurgie ambu­la­toire pour cer­taines inter­ven­tions qui néces­si­tent aujour­d’hui une hos­pi­tal­i­sa­tion de plusieurs jours.

La chirurgie ambu­la­toire illus­tre la pro­fonde trans­for­ma­tion des pra­tiques chirur­gi­cales. Ren­due pos­si­ble par les pro­grès de l’anesthésie, des tech­niques opéra­toires et de l’or­gan­i­sa­tion des soins, elle ne con­siste pas sim­ple­ment à rac­cour­cir l’hos­pi­tal­i­sa­tion, mais à repenser l’ensem­ble du par­cours du patient.

Céline KERUZORE

 

Sources : 

https://www.nouvelle-aquitaine.ars.sante.fr/la-chirurgie-ambulatoire-un-concentre-dinnovation-pour-une-prise-en-charge-repensee

https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/prises-en-charge-specialisees/article/la-chirurgie-ambulatoire

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1279796024000834

https://www.has-sante.fr/jcms/c_1763416/fr/programmes-de-recuperation-amelioree-apres-chirurgie-raac

https://fhpmco-autorisations.fr/activites/synthese‑2/