
Cédric Arcos, président du conseil d’administration de l’ANAP
Vous avez été nommé président du conseil d’administration de l’ANAP le 8 juin dernier. Comment définiriez-vous les missions de l’ANAP ?
J’ai accueilli la mission qui m’a été confiée par la ministre de la Santé et la ministre chargée de l’Autonomie et des personnes handicapées avec beaucoup de responsabilité car notre système de santé est à un moment clé de son évolution et l’ANAP a un rôle important à jouer. Ces dernières années, sous l’impulsion d’Anne-Marie Armanteras et de Stéphane Pardoux, l’agence a profondément fait évoluer son action et ses méthodes d’intervention, tout en préservant son ADN : celui d’un opérateur des pouvoirs publics au service de l’efficience du système de santé et médico-social et d’un partenaire bienveillant des établissements. C’est forte de cette identité, de son savoir-faire et des liens construits avec l’ensemble de ses partenaires que l’ANAP doit aujourd’hui accompagner la mutation de notre système, avec pour exigence centrale l’amélioration de la pertinence à tous les étages.
Dès sa création, l’ANAP et l’hospitalisation privée ont su nouer des liens solides et je me réjouis de constater que la dynamique partenariale est aujourd’hui forte. Plus de 100 professionnels des cliniques font ainsi partie de notre réseau d’experts et participent aux travaux de l’agence tandis que 200 appuis terrain ont été menés auprès d’établissements privés ces derniers mois. Ces échanges et coopérations sont particulièrement précieux pour l’ANAP et je souhaite naturellement qu’ils se poursuivent et s’intensifient tant notre système de santé doit s’appuyer sur toutes les énergies et les compétences.
Quelles priorités porterez-vous à l’ANAP pour les trois prochaines années ?
D’ici quelques mois, un nouveau contrat d’objectifs et de performance sera élaboré et définira les priorités stratégiques de l’agence. Il s’agira de définir une nouvelle feuille de route en phase avec les enjeux du système de santé, avec les bouleversements technologiques et numériques qui sont à l’œuvre ainsi qu’avec les attentes des professionnels de terrain, des établissements, des pouvoirs publics et, bien sûr, des patients et résidents.
Les travaux permettant l’élaboration de ce contrat liant l’ANAP à l’État viennent d’être lancés et impliqueront tous ses partenaires, au premier rang desquels le secteur privé et la FHP. Sans présager du résultat de ces travaux, il me semble que plusieurs sujets majeurs seront au cœur de nos prochaines orientations stratégiques.
Le premier sujet est celui de la transition démographique. Nous devons construire une véritable continuité des parcours pour les usagers, dans une logique de continuum de prise en charge. Dans cette perspective, les actions de l’ANAP auprès des établissements médico-sociaux et la poursuite du développement de l’hospitalisation à domicile sont essentielles et je souhaite que l’ANAP contribue à soutenir et accompagner cette dynamique. L’ANAP doit également participer au renforcement des coopérations entre le médico-social, la médecine de ville, les professionnels libéraux et les établissements de santé. Les territoires disposent déjà d’une expertise importante sur laquelle nous pouvons et devons nous appuyer.
Alors que le président de la République et le Gouvernement ont lancé il y a quelques semaines une mission chargée de proposer des voies de refondation du modèle de financement de notre protection sociale, la définition de nouveaux modèles de performance et de pertinence des organisations me semble être un autre enjeu essentiel sur lequel l’expertise de l’ANAP est incontestable et doit, là aussi, s’intensifier. La responsabilité des établissements de santé et médico-sociaux, quel que soit leur statut, est de faire en sorte que chaque euro investi par la collectivité soit utilement dépensé. Nous devons donc continuer à interroger l’organisation des prises en charge et leur efficience, sans doute en définissant de nouveaux cadres de référence, davantage basés sur la notion de pertinence et intégrant pleinement les immenses potentialités offertes par le numérique. Il nous faut collectivement penser le système de santé à l’heure de l’IA et des dynamiques de coopération et toujours avoir en tête qu’efficience, performance et qualité des soins ne s’opposent pas mais se construisent ensemble.
La dimension territoriale constitue à cet égard un troisième enjeu majeur. Je suis en effet convaincu que la performance et la pertinence doivent non seulement se penser à l’échelle d’un établissement, mais surtout à celle d’un territoire. Nous devons pour cela développer notre capacité à construire des coopérations territoriales pertinentes, basées sur les compétences disponibles et sur les besoins de la population afin de garantir à chaque patient une prise en charge et un parcours de qualité. Mieux coopérer est une évolution indispensable tant la dispersion de ressources humaines et financières sans gain de qualité que nous observons parfois n’est pas compréhensible par nos concitoyens pas plus qu’elle n’est soutenable. L’ANAP saura soutenir ces transformations. Elle a déjà accompagné de nombreux projets de mutualisation des équipements et des fonctions supports — blanchisserie, plateau technique, logistique — qui illustrent concrètement cette dynamique. La prochaine étape devra s’engager sur le cœur des prises en charge et les dynamiques de coopération.
La situation des professionnels de santé est pour moi une autre priorité stratégique qui doit être présente dans toutes les réflexions et actions de l’ANAP. Sans une attention soutenue aux conditions de travail et à la qualité de vie au travail des équipes, il ne peut en effet y avoir ni performance des organisations ni qualité durable des prises en charge. Redonner du temps aux soignants, faciliter leur exercice au quotidien en simplifiant leurs tâches, accompagner les coopérations professionnelles et le développement des nouvelles compétences sont autant de champs d’action sur lesquels l’ANAP devra être présente ces prochaines années.
Enfin, un autre grand enjeu est celui de la transition écologique. L’été caniculaire que nous avons connu nous le rappelle, nous devons renforcer l’adaptation de nos organisations, dans la conception des bâtiments comme dans notre manière de penser les prises en charge. La sobriété écologique participe pleinement à la performance et à la pertinence du système de santé, tout comme elle est un levier d’attractivité qui donne du sens aux professionnels. Il nous appartient désormais d’accompagner les établissements avec des outils concrets et rapidement mobilisables. L’intérêt suscité par les webinaires organisés sur ces sujets par l’ANAP montre que les établissements souhaitent avancer, pour autant qu’ils soient accompagnés, sans culpabilisation ni contraintes inutiles.
Bien entendu, il nous faut continuer à promouvoir la démocratie sanitaire à laquelle je suis profondément attaché. Notre action s’inscrira dans cette perspective et des travaux seront prochainement engagés avec les associations de patients afin que nous puissions définir ensemble comment l’ANAP peut contribuer, à son échelle, à renforcer les droits des patients et des résidents ainsi que leur rôle dans la dynamique d’évolution de nos organisations.
Sur quels sujets les établissements MCO doivent-ils se mobiliser dès la rentrée de septembre 2026 ?
Les établissements privés sont intégrés à leur territoire et participent de façon cruciale aux activités de soins dans leurs domaines d’expertise. Le renforcement des liens entre la ville, le médico-social et le sanitaire est à mes yeux fondamental et doit s’inscrire dans une stratégie globale de coopération. Ce virage territorial se traduit concrètement par le développement de l’hospitalisation à domicile, de l’ambulatoire, mais aussi par une réflexion sur l’organisation des plateaux techniques et sur les coopérations entre les équipes à l’échelle du territoire. Les ressources humaines, financières et matérielles ne sont pas illimitées. Nous avons l’obligation collective d’intégrer la sobriété dans nos organisations.
En cette rentrée 2026, la prévention est un autre rendez-vous incontournable pour les établissements de santé. Tous ont en effet un rôle à jouer au sein de leurs murs comme de leur territoire pour donner vie à de nouvelles approches en faveur de la prévention, notamment en développant les coopérations avec les collectivités locales ou avec les acteurs associatifs.
L’Anap est la maison commune des établissements sanitaires et médico-sociaux, de tous statuts. En septembre, comme toujours, nous serons à leurs côtés pour éclairer et accompagner leurs décisions, outiller leurs actions et favoriser le dialogue afin de construire des projets partagés au service des territoires.