Depuis plus d’une décen­nie, les urgences hos­pi­tal­ières font l’ob­jet d’une pro­duc­tion inin­ter­rompue de rap­ports, mis­sions et études émanant de la Cour des comptes, de l’I­GAS, du Par­lement, de la DREES, des Obser­va­toires régionaux des urgences ou encore de la FEDORU. Leur nom­bre dépasse prob­a­ble­ment la ving­taine. Tous dressent un con­stat large­ment partagé et for­mu­lent des recom­man­da­tions sou­vent con­ver­gentes.

Par­mi eux, un rap­port fait fig­ure de référence car il a indé­ni­able­ment con­sti­tué la source des réformes des années suiv­antes : le rap­port Mes­nier-Car­li de 2019. À l’o­rig­ine du Pacte de refon­da­tion des urgences, il a inspiré plusieurs réformes majeures, qu’il s’agisse du déploiement des infir­miers en pra­tique avancée, de la créa­tion des Ser­vices d’ac­cès aux soins, de l’évo­lu­tion du régime des autori­sa­tions ou encore de la région­al­i­sa­tion du finance­ment des ser­vices d’urgences et des SMUR.

Le rap­port con­sacré à l’aval des urgences, pub­lié en juil­let 2026, s’in­scrit dans cette con­ti­nu­ité. Il pour­suit une ori­en­ta­tion poli­tique désor­mais con­stante : amélior­er les par­cours afin de réduire les pas­sages évita­bles aux urgences et rac­cour­cir les délais de prise en charge. Sa véri­ta­ble orig­i­nal­ité réside moins dans ses con­stats que dans son approche sys­témique, artic­ulée autour de trois notions essen­tielles : les par­cours, les ter­ri­toires et l’agilité.

Les propo­si­tions avancées ren­for­cent les organ­i­sa­tions ter­ri­to­ri­ales, don­nent une place cen­trale aux per­son­nes âgées sans oubli­er les enjeux pédi­a­triques et psy­chi­a­triques, encour­a­gent les organ­i­sa­tions ayant démon­tré leur effi­cac­ité et con­for­tent les spé­cial­ités médi­cales trans­ver­sales. Elles con­fir­ment égale­ment l’évo­lu­tion des modal­ités de finance­ment en inté­grant davan­tage la com­plex­ité des par­cours, les admis­sions directes dans les ser­vices hos­pi­tal­iers, mais aus­si les actions per­me­t­tant d’éviter les hos­pi­tal­i­sa­tions.

Nom­bre de ces mesures ne néces­si­tent ni nou­velle loi ni nou­veau décret. Elles relèvent avant tout de la mobil­i­sa­tion des acteurs de ter­rain et des agences régionales de san­té. D’autres sup­posent des arbi­trages financiers dans un con­texte mar­qué par la con­trainte de l’ON­DAM. Toute évo­lu­tion des enveloppes, notam­ment régionales, risque d’impliquer des redé­ploiements des finance­ments in fine pour les étab­lisse­ments de san­té.

L’en­jeu n’est donc plus seule­ment de pro­duire un nou­veau rap­port, mais de trans­former durable­ment les recom­man­da­tions en réal­i­sa­tions con­crètes. Cette ambi­tion exige des choix assumés, une gou­ver­nance ter­ri­to­ri­ale ren­for­cée et partagée, une trans­parence dans les arbi­trages et une vision pluri­an­nuelle sta­bil­isée. C’est à cette con­di­tion que la France des rap­ports pour­ra enfin devenir celle des résul­tats pour les urgences.

L’équipe de la FHP-MCO et moi-même vous souhaitons un bel été. Vous retrou­verez le prochain 13h le 31 août 2026.

Frédérique Gama
Prési­dente de la FHP-MCO