Et pour­tant les comptes ne man­quent pas. Pub­liés les 6 et 8 octo­bre, les Comptes de la Sécu­rité sociale et les Comptes de la san­té livrent des chiffres qui inter­pel­lent forte­ment sans per­me­t­tre de répon­dre à la ques­tion cen­trale : com­ment garan­tir la souten­abil­ité de notre sys­tème de san­té sans frag­ilis­er ceux qui le porte ?

Pre­mier sujet d’incompréhension : les mis­es en réserve hos­pi­tal­ières. En 2025, l’ONDAM a été sous-exé­cuté de 500 mil­lions d’euros et les étab­lisse­ments de san­té affichent une dépense inférieure de 300 mil­lions d’euros à l’objectif ini­tial. Pour­tant, le coef­fi­cient pru­den­tiel n’a pas été resti­tué. Cette réserve, pro­pre à l’ONDAM hos­pi­tal­ier, ne peut devenir un out­il de régu­la­tion à sens unique. Pour 2026, une nou­velle sous-exé­cu­tion est anticipée, tan­dis que la mobil­i­sa­tion du coef­fi­cient pru­den­tiel reste à arbi­tr­er en fin d’année. La con­fi­ance des étab­lisse­ments est en jeu : l’histoire ne doit pas se répéter.

Deux­ième sujet d’alerte : les hypothès­es budgé­taires pour 2027. Une infla­tion retenue à 1,8 % inter­roge au regard des pro­jec­tions européennes, qui anticipent 2,5 % (10 sep­tem­bre 2026 – source : banque cen­trale européenne.). À cela s’ajoute notam­ment l’effet de la baisse des allège­ments de charges sociales, qui devrait accroître de l’ordre de 1 % la masse salar­i­ale de nos étab­lisse­ments de san­té privés. Peut-on con­stru­ire un finance­ment hos­pi­tal­ier souten­able sur des hypothès­es qui sous-esti­ment l’évo­lu­tion des coûts réels ?

Troisième enseigne­ment : le poids crois­sant des dépens­es de san­té. La France y con­sacre 11,8 % de son PIB en 2025, con­tre 11,2 % en 2019. La dépense courante de san­té atteint 353,2 mil­liards d’euros, en hausse de 3,3 %. Notre crédi­bil­ité col­lec­tive passe par la maîtrise de cette dynamique, mais pas par une logique exclu­sive­ment compt­able. La pro­gres­sion de 6,8 % des dépens­es de préven­tion con­stitue un sig­nal encour­ageant : inve­stir davan­tage en amont est indis­pens­able pour préserv­er notre sys­tème dans la durée.

Enfin, le reste à charge des ménages est le troisième des plus faibles d’Europe à hau­teur de 495 euros par habi­tant en 2025. On peut s’en féliciter. Mais, dans un con­texte de ten­sion sur les comptes soci­aux, ce niveau de pro­tec­tion ne doit pas être un totem. Les pri­or­ités et les choix doivent être col­lec­tive­ment débat­tus et redéfi­nis.

La souten­abil­ité de notre sys­tème de san­té exige de maîtris­er les dépens­es, mais égale­ment de financer juste­ment les étab­lisse­ments et de préserv­er l’accès aux soins. Elle sup­pose surtout des règles lis­i­bles, des hypothès­es réal­istes et une con­fi­ance durable entre pou­voirs publics et acteurs de san­té.

Frédérique Gama
Prési­dente de la FHP-MCO