
L’IA n’est pas une promesse lointaine mais déjà à l’œuvre depuis une dizaine d’années dans la santé : des algorithmes accélèrent l’interprétation des tracés, automatisent des interprétations, facilitent la télémédecine, etc. Cette capacité à analyser une quantité considérable de données et à détecter des signaux imperceptibles à l’œil humain ouvre des perspectives considérables.
Que voulons-nous déléguer à la machine ? Car l’IA ne transforme pas seulement les outils médicaux mais aussi le rapport du médecin à sa pratique et du patient au système de soins. Des patients l’utilisent pour comprendre leurs symptômes, leurs comptes rendus ou rechercher des conseils. L’IA peut accélérer le recours aux soins, mais aussi conduire certains à y renoncer. Le rôle du médecin ne disparaîtra pas pour autant : il devra confronter ces informations à la réalité clinique, écouter, expliquer, décider et accompagner.
Pour les établissements de santé privés, l’enjeu est donc moins de mesurer la performance de l’algorithme que celle de l’organisation dans laquelle on l’intègre. L’IA peut faire gagner du temps, faciliter l’accès aux compétences, sécuriser certaines tâches, soutenir la recherche et libérer les professionnels de tâches répétitives. Encore faut-il que ce temps gagné bénéficie réellement au patient et aux équipes. Les gains espérés grâce à l’IA ne sont pas toujours là où on les attend et/ou ne sont pas toujours à la hauteur de nos espérances.
Cette révolution appelle aussi de la vigilance. De nombreuses questions se posent sur la fiabilité des données utilisées pour entraîner les modèles, la protection des informations de santé, sans oublier la consommation énergétique et l’impact environnemental, le risque de perte de compétences. De même, une IA ne perçoit ni un silence, ni une émotion. Plus elle progressera, plus la valeur de l’humain deviendra déterminante.
Frédérique Gama
Présidente de la FHP-MCO