
Des recommandations qui s’appuient sur les faits, et non sur des concepts. C’est sans doute l’un des principaux enseignements du rapport de l’IGAS sur l’organisation de la périnatalité de janvier 2026 et rendu public début août. Les chiffres sont sans appel : la France est passée de la 3ᵉ place au sein de l’Union européenne pour la mortalité infantile entre 1996 et 2000 à la 23ᵉ place depuis 2022. Ce rapport a le mérite de ne pas céder à la tentation d’une solution unique. Il s’intéresse avant tout aux patients, aux résultats et aux réalités des territoires. Trois enseignements majeurs doivent retenir notre attention.
Premier constat : aucun modèle type d’organisation territoriale des maternités ne s’impose. Les résultats insatisfaisants observés dans certaines maternités de type 2 et 3 l’illustrent. Les écarts territoriaux sont considérables, l’Île-de-France contribuant notamment de façon très importante à la dégradation de la mortalité infantile observée depuis 2011. Le rapport souligne d’ailleurs qu’une nouvelle vague de restructuration et de concentration des maternités ne permettrait pas, à elle seule, de résoudre les difficultés du système périnatal. Les réponses doivent donc être construites au plus près des territoires.
Deuxième constat : une grande partie de la réduction des risques se joue avant et après l’accouchement. Les restructurations de l’offre n’ont pas eu d’effet notable sur l’évolution de la mortalité infantile. Face à un phénomène multifactoriel, les facteurs populationnels – âge, précarité, prévalence des pathologies, caractéristiques des populations concernées… – jouent un rôle majeur. Là encore, les réponses ne peuvent être uniformes.
Troisième constat : il a manqué ces dernières années une stratégie et une gouvernance claires. Un plan stratégique 2027–2030 est donc nécessaire.
Pour relever ce défi de santé publique, nous devons désormais faire le choix de la transparence, de l’évaluation et de la responsabilité collective : rendre lisibles les rôles de chacun, mesurer les résultats et évaluer les dispositifs existants – réseaux de périnatalité, PMI, professionnels de santé, établissements notamment.
La révision des textes de 1998 devra elle aussi être pragmatique et intégrer les réalités du terrain, notamment les contraintes de ressources humaines. Elle doit aussi permettre de poser sans détour la question de l’exercice des sages-femmes à l’issue de leur formation initiale.
Enfin, un moratoire sur les fermetures de maternités ne saurait constituer une politique. En période de tension sur les ressources humaines, comme en l’absence de stratégie claire, il repousse les décisions. La question du financement des maternités, déjà portée par la feuille de route FHP-MCO de 2023, doit être prise en compte, tout comme les conditions d’intervention des professionnels libéraux. Alors même que l’équilibre économique d’une maternité est estimé à environ 1 300 accouchements, nous n’avons pas besoin d’un moratoire : nous avons besoin d’une ambition et d’un cap.
Le rapport de l’IGAS pose les faits sans détour. Il appartient désormais au pouvoir public d’avoir le courage de définir une politique et une stratégie claires pour les années à venir, en mobilisant l’ensemble des acteurs hospitaliers, en dépassant les questions statutaires et d’exercice, et surtout en transformant cette ambition en décisions et en actes.
Frédérique Gama
Présidente de la FHP-MCO