
Pascal Jacob, président de l’association Handidactique*
La Charte Romain Jacob, promue par l’association Handidactique, a plus de dix ans. Quels sont les bénéfices concrets de cette charte pour les personnes vivant avec un handicap ?
Le bénéfice majeur réside dans l’évolution notoire de l’accès et de la qualité de la prise en charge médicale. La Charte Romain Jacob a été rédigée en 2013 par et pour les personnes vivant avec un handicap, avec pour objectif d’évaluer leur prise en charge médicale.
En 2014, le constat était difficile : seuls 40 % des personnes interrogées déclaraient avoir accès aux soins, 20 % bénéficiaient d’un accompagnement adapté, 5 % d’une explication de leurs soins, et aucune ne déclarait une prise en considération de la douleur.
Douze ans plus tard, grâce à la sensibilisation et à la mobilisation – avec notamment 200 000 répondants au baromètre Handifaction chaque année en France, 380 000 en Allemagne, 275 000 en Espagne – les résultats sont significatifs. Entre 70 et 75 % des personnes interrogées déclarent avoir accès aux soins, 88 % se sentent correctement accompagnées, près de 60 % bénéficient d’explications sur leur traitement et 50 % déclarent que leur douleur est prise en considération.
Ces évolutions notoires démontrent l’impact positif de la Charte Romain Jacob sur les modalités de la prise en charge des personnes en situation de handicap.
Comment expliquez-vous cette amélioration significative de la prise en charge des personnes en situation de handicap ?
Cette évolution est le fruit d’une volonté de formation et d’investissement des soignants et des établissements de santé. Certaines universités ont mis en place des formations spécifiques au handicap, incluant notamment des stages d’immersion dans les lieux de vie, et les progrès réalisés sont clairement visibles dans les résultats du baromètre Handifaction dans les régions concernées. Réciproquement, les personnes vivant avec un handicap sont progressivement accompagnées dans le développement de leur autodétermination, afin de devenir pleinement actrices de leur propre santé, les engageant ainsi davantage dans leur parcours de soins. D’autre part, cette progression résulte de l’engagement des établissements pour accompagner et répondre aux besoins spécifiques de ces personnes, ce qui s’est traduit par des investissements en équipements et en ressources humaines. Ces efforts offrent de nouvelles modalités de prise en charge : accompagnement pluridisciplinaire, hospitalisation de jour, suivi à domicile… Les soignants se dotent d’un savoir-faire et des outils nécessaires pour un « prendre soin » respectueux, manifestant ainsi une volonté de progresser et d’écouter le patient.
Reste-t-il une marge de progression ?
Il reste beaucoup à faire, notamment en termes de réflexion éthique sur la manière d’accompagner et de prendre soin des personnes vivant avec un handicap. L’expression d’une volonté partagée par tous de « prendre soin » est essentielle. Nous aspirons aussi à l’introduction de plus de souplesse et de proximité dans les modalités de la prise en charge des personnes concernées, l’objectif étant de faire du patient vivant avec un handicap un partenaire actif dans son parcours thérapeutique. Ces compétences et ces évolutions sont très attendues.
*Association fédérant des personnalités et compétences pour définir les meilleurs concepts et stratégies pédagogiques sur le handicap
Crédit photo : Patrice Mancino