
Anouk Trancart, directrice accès aux marchés du Syndicat national de l’industrie des technologies médicales (SNITEM)
Pourquoi la liste en sus fait-elle l’objet de discussions nourries depuis plusieurs années ?
La liste en sus est un outil essentiel. Il garantit aux patients l’accès aux dispositifs médicaux innovants, sans faire peser leur coût sur les établissements. Elle répond au principe d’égalité d’accès aux soins sur l’ensemble du territoire. Le SNITEM ne conteste pas le fait qu’un dispositif/médicament, à un moment donné, sorte de la liste en sus. En revanche, cette évolution doit être préparée, documentée et concertée.
Depuis la campagne 2023, des radiations ont été décidées sans explication et sans réintégration des masses financières. Cela entraîne des inquiétudes pour les professionnels de santé et des difficultés financières pour les établissements de santé. De plus, une radiation pas anticipée a des conséquences concrètes : tensions budgétaires, reports voire arrêt de prise en charge ou encore inégalités d’accès aux soins. La position du SNITEM est claire : nous ne sommes pas systématiquement contre l’évolution de la liste en sus et de son financement, mais nous demandons qu’elle soit prévisible, transparente et fondée sur des analyses d’impact partagées.
Après la reprise des échanges avec la Direction générale de la santé en avril 2026, où en êtes-vous ?
Le SNITEM est resté force de proposition tout au long de cette période, d’où la diffusion en février 2026 d’un communiqué de presse « Liste en sus : le SNITEM appelle à des règles claires, concertées et prévisibles pour l’innovation hospitalière ». Sur la base des travaux engagés, le SNITEM a formulé des propositions concrètes sur les nouvelles inscriptions, les radiations et les modalités de réintégration des financements. Il a également proposé un logigramme pour objectiver les décisions et anticiper les conséquences. À ce stade, nos principales attentes n’ont pas encore trouvé de réponse.
Lors de la réunion d’avril 2026 consacrée à la préparation de la campagne 2027, la liste de radiations a été présentée alors même qu’aucune révision de la notice n’avait été engagée. Nous avons également appris l’existence d’une note de cadrage interne adressée au ministre de la Santé et qui n’a pas été partagée avec les parties prenantes : industriels, établissements de santé et associations d’usagers. Cette opacité entrave tout travail constructif et donne l’impression que les décisions sont prises dans le désordre, une campagne sans règles du jeu. Pour contribuer aux discussions, le SNITEM a besoin d’objectifs explicites, d’une méthodologie partagée, de concertation et de visibilité sur les objectifs financiers.
Le 10 juin dernier, lors d’une réunion avec la DGS, des avancées ont été présentées dans le cadre de la réflexion sur la refonte de la notice d’informations. Plusieurs orientations présentées témoignent d’une prise en compte de propositions portées de longue date par le SNITEM. Ces avancées constituent des bases solides pour construire une doctrine partagée et opérationnelle pour une gestion dynamique de la liste en sus.
Concernant la campagne 2027, malgré les avancées constatées, nous regrettons que les orientations pressenties pour la future notice ne soient pas dès à présent considérées au regard des contraintes majeures persistantes :
- un calendrier contraint avec une présentation des catégories visées par une radiation en avril avec l’envoi de données (incomplètes)
- des données transmises tardivement
- une absence de visibilité sur la réintégration des masses financières.
De même, un partage des résultats des calculs serait de nature à faciliter l’appréciation des impacts réels des radiations pour les entreprises. Malgré ces éléments, le SNITEM ne s’est pas opposé à toutes les radiations.
Quelles sont les priorités du SNITEM pour les prochaines étapes ?
Notre priorité est simple : obtenir un cadre stable, lisible et partagé par l’ensemble des parties prenantes. Cela passe par la révision de la notice qui encadre la liste en sus, afin que les critères d’inscription, de radiation et de réintégration soient établis et partagés. Notre objectif demeure de construire une trajectoire durable pour la liste en sus.
Nous demandons que les décisions reposent sur des analyses d’impact médicales, organisationnelles et économiques partagées. Une radiation sans données ni analyse d’impact est arbitraire. Il est indispensable de connaître les masses financières concernées, les objectifs poursuivis, les modalités de réintégration dans les GHS et les conséquences concrètes pour les établissements.
Le SNITEM poursuit le travail engagé avec l’ensemble des fédérations hospitalières et des représentants des professionnels de santé ainsi que des usagers. Sur ce sujet de la liste en sus, les acteurs sont unanimes et décidés à préserver l’accès à l’innovation en assurant la soutenabilité du financement.