Les tech­nolo­gies d’imagerie per­opéra­toire occu­pent une place crois­sante au bloc opéra­toire. Par­mi elles, la chirurgie guidée par flu­o­res­cence sus­cite un intérêt gran­dis­sant dans de nom­breuses spé­cial­ités, notam­ment en oncolo­gie diges­tive, en chirurgie hépa­to­bil­i­aire, en neu­rochirurgie ou encore en chirurgie vas­cu­laire. Faisons le point sur ce procédé.

Qu’est-ce que la flu­o­res­cence ?

La flu­o­res­cence est une émis­sion lumineuse provo­quée par l’ex­ci­ta­tion des élec­trons d’une molécule après absorp­tion d’une lumière d’excitation, suiv­ie de l’émission qua­si immé­di­ate d’une lumière de longueur d’onde dif­férente. Elle cor­re­spond à la capac­ité de cer­taines molécules, appelées flu­o­rophores, à émet­tre une lumière. Les acides aminés aro­ma­tiques (phény­lala­nine, etc.), cer­taines vit­a­mines du groupe B, par exem­ple, les polyphénols (caté­chine, acide gallique, etc.) sont des flu­o­rophores naturels.

En chirurgie, ce phénomène est util­isé pour mieux visu­alis­er cer­tains tis­sus, organes ou lésions pen­dant l’intervention grâce à des sys­tèmes d’imagerie spé­ci­fiques. Le flu­o­rophore le plus util­isé actuelle­ment est l’indocyanine verte (ICG). C’est un col­orant médi­cal util­isé dans divers­es procé­dures diag­nos­tiques et chirur­gi­cales.

La chirurgie guidée par flu­o­res­cence repose donc sur trois élé­ments prin­ci­paux :

  • Un agent flu­o­res­cent ;
  • Une source d’excitation lumineuse ;
  • Une caméra capa­ble de détecter le sig­nal flu­o­res­cent et de le retran­scrire en temps réel sur un écran.

La flu­o­res­cence peut aider à visu­alis­er la vas­cu­lar­i­sa­tion d’un tis­su, le drainage lym­pha­tique, les voies bil­i­aires ou cer­taines lésions tumorales. L’objectif n’est pas de rem­plac­er la vision chirur­gi­cale clas­sique, mais d’apporter au chirurgien une infor­ma­tion visuelle com­plé­men­taire pen­dant l’opération.

Les pre­mières appli­ca­tions clin­iques ont con­cerné l’é­val­u­a­tion de la per­fu­sion tis­su­laire, notam­ment en chirurgie diges­tive. La tech­nique s’est ensuite éten­due à d’autres domaines, tels que la car­togra­phie gan­glion­naire, la chirurgie hépa­tique et la neu­rochirurgie tumorale.

Les travaux présen­tés dans Médecine/Sciences rap­pel­lent que plusieurs longueurs d’onde et dif­férents types de flu­o­rophores peu­vent être util­isés selon les objec­tifs recher­chés. Les auteurs soulig­nent égale­ment le développe­ment pro­gres­sif de flu­o­rophores dits « ciblés », capa­bles de se fix­er spé­ci­fique­ment sur cer­taines cel­lules tumorales ou sur des bio­mar­queurs par­ti­c­uliers.

Une aide per­opéra­toire pour mieux voir et mieux opér­er

L’intérêt prin­ci­pal de la chirurgie guidée par flu­o­res­cence réside dans l’amélioration de la visu­al­i­sa­tion per­opéra­toire. Au bloc opéra­toire, cer­taines lim­ites anatomiques restent par­fois dif­fi­ciles à appréci­er mal­gré l’expérience du chirurgien et les pro­grès de l’imagerie préopéra­toire. La flu­o­res­cence per­met alors de ren­dre vis­i­bles des élé­ments jusque-là peu ou pas per­cep­ti­bles à l’œil nu.

En chirurgie oncologique, cette meilleure visu­al­i­sa­tion vise notam­ment à amélior­er la qual­ité des résec­tions tumorales. L’identification plus pré­cise des marges tumorales peut con­tribuer à lim­iter les exérès­es insuff­isantes tout en préser­vant davan­tage de tis­sus sains. Cette approche présente égale­ment un intérêt poten­tiel pour détecter des lésions satel­lites, c’est-à-dire des foy­ers tumoraux sec­ondaires par­fois dif­fi­ciles à visu­alis­er, ou de petites local­i­sa­tions dif­fi­cile­ment vis­i­bles en lumière blanche clas­sique.

Les recherch­es actuelles se con­cen­trent surtout sur le développe­ment de flu­o­rophores ciblés capa­bles de recon­naître spé­ci­fique­ment cer­taines cel­lules can­céreuses. C’est notam­ment l’objectif pour­suivi par la start­up française See2Cure, issue d’une col­lab­o­ra­tion sci­en­tifique entre l’Institut de phar­ma­colo­gie et biolo­gie struc­turale (IPBS – CNRS/UT3) et l’Institut uni­ver­si­taire du can­cer de Toulouse (IUCT-Onco­pole). Cette tech­nolo­gie repose sur des son­des flu­o­res­centes activables capa­bles de s’illuminer unique­ment au con­tact de cel­lules tumorales. L’objectif est d’améliorer la détec­tion des can­cers abdom­inaux pen­dant l’intervention chirur­gi­cale et d’aider le chirurgien à dis­tinguer plus pré­cisé­ment les tis­sus tumoraux des tis­sus sains.

Selon les don­nées présen­tées par le CNRS, ces nou­velles généra­tions de son­des pour­raient per­me­t­tre une détec­tion beau­coup plus spé­ci­fique des cel­lules can­céreuses et ain­si réduire le risque de résidu tumoral postopéra­toire. L’enjeu est majeur puisque la qual­ité de la résec­tion chirur­gi­cale con­stitue un fac­teur pronos­tique déter­mi­nant dans de nom­breux can­cers diges­tifs notam­ment.

La flu­o­res­cence présente égale­ment un intérêt impor­tant en chirurgie mini-inva­sive et robot-assistée

En laparo­scopie, aus­si appelée cœlio­scopie, la perte de per­cep­tion tac­tile lim­ite par­fois l’identification anatomique. L’imagerie flu­o­res­cente apporte alors une aide visuelle sup­plé­men­taire pour repér­er cer­tains élé­ments vas­cu­laires ou anatomiques avec davan­tage de sécu­rité.

En chirurgie col­orec­tale, l’utilisation de l’ICG pour véri­fi­er la bonne vas­cu­lar­i­sa­tion des anas­to­moses, c’est-à-dire des zones de rac­corde­ment entre deux seg­ments de l’intestin, est aujourd’hui l’une des appli­ca­tions les plus util­isées. Plusieurs études rap­por­tent une diminu­tion pos­si­ble du risque de fis­tule anas­to­mo­tique lorsque la qual­ité de vas­cu­lar­i­sa­tion est véri­fiée par flu­o­res­cence avant la réal­i­sa­tion de l’anastomose.

La chirurgie hépa­to­bil­i­aire con­stitue égale­ment un domaine par­ti­c­ulière­ment con­cerné. L’ICG per­met notam­ment une meilleure visu­al­i­sa­tion des voies bil­i­aires, réduisant poten­tielle­ment le risque de plaies bil­i­aires lors des cholé­cys­tec­tomies (l’ablation chirur­gi­cale de la vésicule bil­i­aire) dif­fi­ciles. Cer­taines équipes utilisent égale­ment cette tech­nolo­gie pour mieux iden­ti­fi­er cer­taines tumeurs hépa­tiques ou métas­tases.

Mal­gré ces avancées promet­teuses, plusieurs lim­ites per­sis­tent encore. Les per­for­mances des flu­o­rophores vari­ent selon les indi­ca­tions, la pro­fondeur des tis­sus ou les car­ac­téris­tiques biologiques des tumeurs. Les coûts des équipements, l’hétérogénéité des pro­to­coles et la néces­sité de stan­dard­is­er les pra­tiques représen­tent égale­ment des enjeux impor­tants pour une dif­fu­sion plus large de la tech­nique.

La chirurgie guidée par flu­o­res­cence appa­raît aujourd’hui comme l’une des évo­lu­tions les plus promet­teuses de l’imagerie per­opéra­toire. En amélio­rant la visu­al­i­sa­tion en temps réel, elle par­ticipe à une chirurgie plus pré­cise, plus con­ser­va­trice et poten­tielle­ment plus sûre. Les pro­grès atten­dus dans le développe­ment de son­des ciblées et dans l’in­té­gra­tion de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle pour­raient encore ren­forcer son rôle dans les années à venir.

Céline KERUZORE

 

Sources : 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fluorescence

https://essaiscliniques.fr/medicament/indocyanine-green/

https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/pdf/2019/12/msc190230.pdf

https://e‑memoire.academie-chirurgie.fr/fr/ememoire/2756-chirurgie-guidee-par-fluorescence-techniques-dimagerie-daide-operatoire

https://www.univ-tlse3.fr/actualite-de-la-recherche/see2cure-la-startup-qui-mise-sur-la-fluorescence-pour-guider-la-chirurgie-des-cancers-abdominaux

https://www.cnrs.fr/sites/default/files/press_info/2024–06/CP_see2cure.pdf

https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2018/06/medsci180117s/F2.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Anastomose_(m%C3%A9decine)

https://www.aphp.fr/registre-des-essais-cliniques/interet-de-la-fluorescence-lindocyanine-en-chirurgie-colorectale-pour

https://www.futura-sciences.com/sciences/definitions/physique-fluorescence-859/

https://www.techno-science.net/definition/5133.html