Dr Nadine Dohollou, présidente de l’AFC UNHPC

Quelles sont les missions de l’AFC UNHPC, dont vous venez de prendre la présidence ?

Je par­ticipe en tant qu’oncologue médi­cale depuis un peu plus de 10 ans au bureau de l’AFC-UNHPC et la propo­si­tion d’en pren­dre la prési­dence m’a beau­coup hon­orée, même si dans les temps dif­fi­ciles que le monde de la san­té con­naît, cela est un vrai chal­lenge. En prenant la prési­dence et après dis­cus­sions au sein du bureau, nous avons souhaité avoir une direc­tion bicéphale, une prési­dente onco­logue médi­cale et un vice-prési­dent onco-radio­thérapeute. Nous avons tous les deux le souhait que l’AFC-UNHPC représente à la fois les étab­lisse­ments de san­té et les dif­férentes spé­cial­ités médi­cales en charge de la can­cérolo­gie.

Depuis sa créa­tion en 2014, l’AFC-UNHPC a pour voca­tion de défendre les intérêts des prati­ciens et la pra­tique de la can­cérolo­gie dans les étab­lisse­ments dis­posant des autori­sa­tions.

Quels sont les enjeux de l’activité de cancérologie ?

Plusieurs enjeux pèsent sur notre activ­ité. D’une part, les restric­tions budgé­taires sont inévita­bles et, con­traire­ment à ce que nous pour­rions penser, les pre­miers à en avoir con­science sont les patients. Ils savent — comme les prati­ciens et les étab­lisse­ments — que nous sommes arrivés au bout du finance­ment du sys­tème actuel. Les patients ont con­science de béné­fici­er d’un sys­tème de san­té très pro­tecteur mais aus­si par­fois en décalage du reste de l’Europe. En effet, lorsqu’une autori­sa­tion de mise sur le marché (AMM) européenne est obtenue pour un médica­ment, il y a une iniq­ui­té d’accès selon les pays. Les délais parais­sent com­plète­ment irréal­istes pour les patients français, moins de deux mois pour les patients alle­mands ver­sus, en moyenne, plus de 500 jours pour qu’un médica­ment soit ouvert au rem­bourse­ment en France, une fois les dif­férentes étapes néces­saires à sa com­mer­cial­i­sa­tion passées.

Le sec­ond enjeu est l’équité de prise en charge dans l’ensemble des ter­ri­toires en France. Une ini­tia­tive européenne pro­pose la créa­tion de Com­pre­hen­sive Can­cer Cen­tres. Elle cherche à struc­tur­er un réseau d’établissements inter­con­nec­tés prenant en charge les can­cers afin de desservir de façon équitable l’ensemble de la pop­u­la­tion partout sur le ter­ri­toire. La créa­tion de ces Com­pre­hen­sive Can­cer Cen­tres sera peut-être l’occasion de penser égale­ment une recherche clin­ique hors les murs afin de favoris­er l’accès aux thérapeu­tiques inno­vantes pour un patient dans n’importe quelle struc­ture en France, à con­di­tion que cela soit organ­isé et con­trôlé. Une mesure qui prend tout son sens avec le développe­ment des thérapeu­tiques orales.

Comment contrer la perte de chance ?

Je crois que, pour ne pas faire d’erreur, nous devons absol­u­ment par­tir du patient pour struc­tur­er son par­cours. Depuis des années, la can­cérolo­gie, comme beau­coup d’autres spé­cial­ités, a vécu une cen­tral­i­sa­tion des pris­es en charge. Avec la mise en place des Com­pre­hen­sive Can­cer Cen­tres à l’échelle européenne, les étab­lisse­ments libéraux prenant en charge le can­cer sont, d’une part, déjà répar­tis de façon équitable sur l’ensemble du ter­ri­toire, et de plus, ils seront prêts pour par­ticiper à la struc­tura­tion d’une nou­velle can­cérolo­gie, pen­sée pour que les patients puis­sent béné­fici­er des soins opti­maux, sans aug­menter leur délai de prise en charge et à côté de chez eux.

L’intelligence arti­fi­cielle à toutes les étapes de la prise en charge des patients, que ce soit au moment du diag­nos­tic ou des dif­férents temps thérapeu­tiques, sera cer­taine­ment d’une grande aide, à con­di­tion de la struc­tur­er et qu’elle ne devi­enne pas un moyen de frac­tur­er la prise en charge.

* Asso­ci­a­tion française de can­cérolo­gie – Union nationale hos­pi­tal­ière privée de can­cérolo­gie