1,2,3 Questions – Valérie FREICHE

Dr Valérie FREICHE, praticien hospitalier, responsable de la consultation de gastroentérologie de l’école nationale vétérinaire d’Alfort*

Vous appelez au décloisonnement entre la médecine vétérinaire et la médecine humaine. Pourquoi ?

Vétérinaire, je suis également titulaire d’un doctorat d’université qui a été exclusivement encadré par les chercheurs de médecine humaine (école doctorale Gustave Roussy, thèse co-supervisée par le Pr Olivier Hermine et le Dr Lucile Couronné à l’Institut imagine, Hôpital Necker, Paris). Le sujet consistait en l’analyse comparative d’une lymphoprolifération digestive indolente commune à l’homme et au chat. Dans la continuité de mes travaux de recherche clinique, je promeus cette dynamique commune reliant médecine humaine et médecine vétérinaire. L’observation d’événements cliniques spontanés chez l’animal contribue en effet à une meilleure compréhension de certaines maladies humaines. C’est pourquoi, avec le Pr Olivier Hermine, nous avons créé un congrès qui a pour mission de fédérer les médecins et les vétérinaires intéressés par une collaboration entre les recherches cliniques animale et humaine.

Les formations en médecine humaine et en médecine vétérinaire étant totalement cloisonnées, ce rapprochement reste complexe. Pourtant, la recherche vétérinaire peut nourrir la recherche médicale appliquée à l’homme car de nombreuses entités sont communes aux deux espèces et sont des maladies spontanées. L’homme et le chien ou le chat partagent les mêmes conditions environnementales, ce qui renforce l’intérêt d’études mutuelles.

Vous annoncez la création d’un établissement de soins à caractère « One Health ». De quoi s’agit-il ?

La notion de « One Health » reconnaît que les santés de l’homme, de l’animal et de l’environnement sont interconnectées et sérieusement interdépendantes. La société y a été douloureusement confrontée au cours de la récente pandémie. Si les collaborations administratives et réglementaires se sont renforcées lors de pandémie, il se trouve qu’en matière de recherche clinique, ces synergies restent moins concrètes. La médecine humaine méconnaît souvent l’organisation et l’expertise des collèges de la médecine vétérinaire.

C’est pourquoi j’ai souhaité promouvoir le développement d’un hôpital vétérinaire pour animaux de compagnie, destiné non seulement à prendre soin des animaux, mais aussi à promouvoir le partage des avancées de la recherche clinique animale avec les chercheurs en médecine humaine, pour le bénéfice des deux espèces. Les échanges entre ces deux champs d’application font émerger un terrain de collaborations bien plus vaste que l’on pourrait l’imaginer.

Par ailleurs, je prépare la soutenance de mon habilitation à diriger des recherches afin de co-encadrer des masters de sciences ou des doctorats (PhD) pour les vétérinaires intéressés par la recherche comparée.

La recherche scientifique, tout comme la formation continue, sont les moteurs de mon engagement.

*ENVA.PhD, spécialiste en médecine interne (DESV-MI)
Praticien hospitalier, ingénieur de recherche
Recherche clinique en médecine comparée institut imagine, Hôpital Necker, Paris
Centre hospitalier universitaire vétérinaire d’Alfort, (CHUVA)-ENVA